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balanceTaPACES : what did you expect ?

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Je suis assez dérangé de voir apparaître ce hashtag à la suite d'un nouveau drame où une jeune femme de 18 ans s'est suicidée le jour des épreuves de PACES à Marseille. Une malheureuse occasion d'affirmer encore et encore ce qu'est réellement la PACES et pourquoi elle n'est pas si mauvaise que certains veulent l'affirmer.
Rappelons-le pour ceux qui ne me connaissent pas, c'est-à-dire une immense majorité de personnes, j'ai tenu pour le loisir de 1997 à 2015 un site nommé remede.org que vous avez sûrement croisé un jour dans votre navigateur si vous êtes intéressé d'une façon ou d'une autre au monde de la santé et à ses études.

Les propos que je vais tenir ici sont très loin d'être nouveaux sous mon clavier, comme malheureusement la situation qui les amène, et je pense les avoir rédigés déjà un certain nombre de fois. Ils m'ont valu pas mal de brouilles, d'incompréhensions, mais je tiens une fois de plus à les exposer, surtout dans le contexte où sort ce nouvel engouement médiatique pour la dureté de la PACES et son univers impitoyable, à la faveur d'une situation tragique.

Cette fois, une chose de plus me dérange profondément : le hastag #balanceTaPACES est un dérivatif du hastag #balanceTonPorc. Ce dernier est né de la situation que personne ne peut à ce jour ignorer : le fait qu'un très grand nombre de femmes ont fait / font les frais pour des raisons diverses de comportements masculins difficilement qualifiables, les amenant dans le pire des cas à taire des viols et agressions sexuelles parfois répétés pour ne pas compromettre leur avenir.
Alors quand je vois ce tag #balanceTaPACES et l’apitoiement qu'il provoque, médias, personnalités médicales médiatiques (qui dînent de ce genre de situation !), je suis plus que dérangé. Il n'y a aucune mesure, aucun parallèle à faire entre les deux, ce que suggère pourtant la similitude des tags.

La PACES est une année d'études en Faculté difficile, très difficile, c'est indéniable. Mais qui a forcé ces jeunes majeurs à s'y inscrire ? Une fois inscrits sont-ils dans un système qui les enchaîne ? Il n'y a pas plus impersonnel comme lieu d'enseignement qu'un amphithéâtre de PACES. Vous y entrez, vous en sortez, vous venez au cours, vous n'y venez pas. C'est de votre responsabilité. Personne ne vous fera la morale. Personne, contrairement aux classes préparatoires par exemple, ne vous humiliera devant vos collègues étudiants. La faculté, c'est encore une certaine liberté, contrairement à de nombreux autres lieux de formations post bac. C'est d'ailleurs ce qui en déconcerte certains. Ne pas avoir le coup de fouet de la mauvaise note, ne pas avoir sa dose de fierté et son petit 19/20 tous les 15 jours peut ne pas être évident.
En résumé : la PACES, depuis que le bizutage n'y règne plus, n'est pas humiliante. Il n'y règne pas de situation de harcèlement moral (encore une fois, j'ai fait 15 jours de maths sup ... et la différence était affligeante) et je pense qu'aucun enseignant n'y fait preuve d'une particulière perversion au-dessus de la moyenne.

La PACES est un concours bête d'un an, qu'on peut tenter une seconde fois. Comme tout le monde ne peut pas finir énarque, polytechnicien, tout le monde ne peut pas finir médecin. Beaucoup échoueront, beaucoup se réorienteront dans des domaines proches, comme le font les polytechniciens et énarques ratés de quelques points.

Rappelons enfin qu'en 2016, derniers chiffres disponibles sur MedShake, la PACES s'était 12996 postes pour 57937 candidats ... Soit une chance sur 4.5 environ de ne pas sortir bredouille (quand je suis passé en P2 il y a une vingtaine d'années à la fac d'Amiens, c'était 1 chance sur 9 ...).

Alors oui la PACES est difficile. Oui certains cours sont stupides (d'autres, primordiaux). Oui les conditions de travail ne sont souvent pas simples. Mais pardonnez-moi, dans la vie, il faut parfois souffrir pour faire quelque chose et être au-dessus du lot.
Et pour cela la PACES est probablement ce qu'il existe de plus démocratique dans ce pays : chacun peut participer. Les règles du jeu sont connues à l'avance et le piston, s'il existe peut-être encore dans certains endroits, n'est sûrement pas la règle.
Ne nous y trompons pas et ne nous laissons pas prendre au petit jeu qui serait de vouloir réinventer ce concours sur des injonctions médiatiques : les facultés, certains politiques, n'attendent que la première occasion pour remettre en cause l'accès libre à la faculté (pour de simples raisons économiques), qu'elle soit de médecine ou d'autres filières. Et là, nous aurons définitivement changé de monde.

Pour en revenir au concret, jeunes étudiants, une grande partie des réponses sont entre vos mains pour faire en sorte que votre PACES, et celles de vos camarades de bancs d'amphi, ne devienne pas un enfer. Ces réponses, moi et d'autres vous avons aidé à les trouver pendant 20 ans sur remede.org. La PACES c'est votre préparation, votre sélection pour décoller un jour dans un vaisseau Soyouz. Comme toute épreuve humaine d'envergure, elle se prépare bien en amont : psychologiquement, matériellement, méthodiquement. Comme toute épreuve en solitaire, elle nécessite une équipe solide à vos côtés. Comme tout projet ambitieux, il peut échouer. Comme tout projet amenant l'individu dans ses derniers retranchements, il peut aboutir à des accidents sérieux, très sérieux. Si vous n'aviez pas conscience de cela, alors le vrai problème est là. Car la question n'est pas de savoir comment la PACES pourrait être plus ceci ou moins cela : tous ceux qui surfent sur cette vague n'ont en fait aucune réponse pratique à ce que pourrait être une PACES de qualité selon eux (sous conditions de libre accès préservé pour tous). La question est celle des règles du jeu (qui je le redis ont le très grand mérite d'être parfaitement limpides) que vous avez acceptées normalement en toute connaissance de cause. Est-ce bien le cas ? (En 20 ans, j'ai la réponse : ce n'est bien évidemment pas le cas d'un très grand nombre de présents dans les amphis. Tout P2 et plus vous le dira : en discutant 5 minutes avec un étudiant de PACES, on sait immédiatement s'il a une chance ou pas de décrocher son concours).

La chose qui n'est pas assez dite dans ce pays, à tous les niveaux, dans tous les domaines, est qu'échouer est un droit (c'est un type qui a tenté 2 fois sa P1 qui vous le dit). Les gens qui n'ont jamais échoué donnent probablement les plus sombres cons que l'humanité puisse produire. Enfin, préparer son échec est aussi un bon moyen de ne pas le subir. On ne déroule pas une PACES avec un couteau sous la gorge. Anticiper la situation devrait faire partie de la préparation initiale de la PACES : il n'y a aucune superstition à la faire, c'est juste un acte de lucidité qui aidera à ne pas mettre en marche le moulin à paniquer le moment venu.

Voilà. La PACES est un Everest, votre Everest, j'ose espérer que personne ne vous y a contraint. Il n'est écrit nulle part que ce doive être la victoire ou la mort, la victoire ou la honte. Sachez, si l'aventure est mal engagée, faire preuve de lucidité : ne demandez pas qu'on rabote le sommet, sachez faire demi-tour pour mieux y revenir, plus mature, plus préparé. Il n'y a aucune urgence à 18 ou 19 ans à accomplir sans délai ce qu'on imagine être le (seul parfois !) but de sa vie.

Enfin, PACES ratée ou réussie, dans 5 ans votre vie sera de toute façon totalement différente de ce que vous pouvez imaginer. Le pire ou le meilleur n'est jamais écrit, sachez vraiment vous le rappeler !